Cession de fonds de commerce :

Le sort des contrats commerciaux

Cession de fonds de commerce : et les contrats dans tout ça ?

La cession de fonds de commerce donne souvent l’impression d’être une opération lisible : un prix est négocié, un acte est signé, l’activité reprend. En réalité, la question du sort des contrats commerciaux est presque systématiquement celle qui concentre le plus de risques juridiques (pour le cédant comme pour le repreneur).

Quels contrats suivent le fonds ? Lesquels nécessitent l’accord du partenaire concerné ? Comment organiser la transition pour ne pas se retrouver, le jour J, sans fournisseur, sans bail ou sans client stratégique ?

Voici les règles que tout dirigeant doit maîtriser avant de signer.

Ce que comprend juridiquement un fonds de commerce

Le fonds de commerce est un ensemble d’éléments, corporels et incorporels, qui permettent l’exploitation d’une activité commerciale. Parmi les éléments incorporels figurent notamment la clientèle, le nom commercial, l’enseigne et le droit au bail. Les contrats nécessaires à l’exploitation, et à la relation avec la clientèle, peuvent également être considérés comme des éléments incorporels du fonds, au sens de l’article L.141-5 du Code de commerce. Mais attention : appartenir au fonds ne signifie pas être transféré automatiquement. C’est précisément là que réside la difficulté.

Le principe général : aucun transfert automatique des contrats commerciaux

C’est la règle fondamentale, et elle est souvent méconnue des parties à une cession : la cession de fonds de commerce n’emporte pas, par elle-même, le transfert des contrats commerciaux en cours.

L’article 1216 du Code civil est clair : la cession d’un contrat requiert l’accord du cocontractant cédé, sauf disposition légale contraire. En l’absence de cet accord, chaque contrat continue de lier ses parties d’origine et le repreneur n’y entre pas automatiquement.

Concrètement, cela signifie que chaque contrat doit être examiné individuellement pour déterminer s’il peut être transféré, s’il nécessite une négociation spécifique, ou s’il prendra fin avec la cession. Ce principe explique la plupart des contentieux post-cession : l’acquéreur découvre après coup que certains contrats essentiels à l’activité n’ont jamais été régularisés à son profit.

Contrats clients et contrats fournisseurs : la vigilance s’impose

Pour les contrats clients,

Le repreneur ne peut pas se substituer au cédant sans l’accord exprès du client, sauf si le contrat contient une clause autorisant expressément cette substitution. Lorsque le contrat est conclu en considération de la personne du cédant, ce qu’on appelle un contrat intuitu personae, le transfert est en pratique impossible sans renégociation.

Pour les contrats fournisseurs,

La logique est identique. Le fournisseur n’est pas tenu de poursuivre la relation commerciale avec le repreneur. Dans les secteurs où les approvisionnements reposent sur des partenaires exclusifs ou stratégiques, une cession mal préparée peut entraîner une rupture immédiate de la chaîne d’exploitation (parfois dès le lendemain de la signature).

Les deux exceptions majeures :
Bail commercial et contrats de travail

Deux types de contrats échappent au principe général
et font l’objet d’un régime légal spécifique.

Le bail commercial

Est transmis de plein droit à l’acquéreur du fonds en application de l’article L.145-16 du Code de commerce, sauf clause contraire encadrée. Il constitue un élément essentiel du fonds : sans maîtrise des locaux d’exploitation, la valeur économique de la cession peut s’effondrer. Néanmoins, le bail peut prévoir des clauses d’agrément du bailleur ou des conditions de notification qu’il est impératif d’identifier avant la signature.

Les contrats de travail

Sont quant à eux transférés automatiquement au repreneur, sans que les salariés ni l’acquéreur puissent s’y opposer, dès lors que l’activité est poursuivie. C’est l’application directe de l’article L.1224-1 du Code du travail. Les salariés conservent leur ancienneté, leur rémunération et l’ensemble de leurs avantages contractuels. Ce transfert automatique est une protection d’ordre public.

Contrats en litige : un risque souvent sous-estimé

Un point de vigilance que les parties oublient fréquemment : les litiges nés avant la cession restent, en principe, à la charge du cédant. Mais certains contentieux peuvent directement affecter l’exploitation du fonds repris, notamment lorsque la responsabilité du repreneur se trouve engagée du fait de la poursuite de l’activité. L’identification des litiges en cours fait partie intégrante de la due diligence juridique à mener avant toute acquisition.

Avocat en conseil juridique pour cession d’entreprise et investisseurs.

Comment sécuriser le transfert des contrats : la méthode

Une cession réussie repose sur une préparation rigoureuse, bien en amont de la signature. Voici les étapes clés.

Cartographier les contrats en cours. L’acte de cession doit identifier précisément les contrats repris, les contrats exclus et ceux qui feront l’objet d’une renégociation. Cette cartographie évite toute ambiguïté entre les parties et sert de référence en cas de litige ultérieur.

Obtenir les accords nécessaires avant la signature. Pour les contrats qui ne se transfèrent pas automatiquement, les accords des cocontractants doivent idéalement être obtenus, ou à tout le moins engagés, avant la finalisation de la cession. En pratique, cela peut prendre la forme d’avenants signés trilatéralement.

Prévoir des conditions suspensives. Lorsque certains contrats sont essentiels à la valeur du fonds, leur transfert peut être érigé en condition suspensive de la cession. Si l’accord du cocontractant n’est pas obtenu, la cession ne se réalise pas, ce qui protège l’acquéreur d’une reprise dévalorisée.

Adapter les garanties. La garantie d’actif et de passif doit être rédigée en tenant compte du risque contractuel : contrats non transférés, contentieux latents, engagements hors bilan.

Ce que je retiens

La cession d’un fonds de commerce ne se limite jamais à la transmission d’actifs matériels. Ce qui fait la valeur réelle d’un fonds, c’est souvent l’ensemble des relations contractuelles qui le sous-tendent : clients fidélisés, fournisseurs stratégiques, bail bien négocié, salariés compétents. Mal anticipé, le sort de ces contrats peut transformer une opportunité de reprise en source de contentieux, ou conduire un cédant à se retrouver exposé sur des engagements qu’il croyait avoir transmis. Mon approche chez Hōrya est toujours la même : intervenir en amont pour cartographier les risques, structurer la transaction et sécuriser chaque partie, avant que la difficulté ne s’impose d’elle-même. Vous préparez une cession ou une acquisition de fonds de commerce ? Prenons le temps d’un échange structuré pour sécuriser votre opération. J’interviens à Albi, Toulouse, Castres, Rodez et dans toute l’Occitanie.

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